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Je me suis levée il y a quelques minutes, j’ai encore les deux yeux collés, légèrement fatiguée d’une semaine un peu trop chargée. Je m’apprête à me faire couler un café. Au moment d’apprécier les petits sons routiniers du mousseur à lait et de la machine à café, je prends le temps de regarder autour de moi, admirant le calme régnant dans la maison. 

La journée est légèrement grise, la lumière qui entre dans la salle à manger est douce. Tout est calme. Je regarde autour et j’apprécie ce que je vois. J’apprécie ce sentiment de mon chez moi, qui auparavant était le tien. J’ai l’impression d’avoir tellement de choses à te partager, à te raconter. Tout en sachant drôlement que tu dois être témoin d’un peu de ces parcelles de ma vie, depuis les quatre dernières années. 

À l’approche de la fête des mères, ton absence se fait sentir un peu plus qu’à l’habitude. C’est sans parler de toutes les choses que j’ai vécu et traverser au courant de la dernière année. J’aurais aimé pouvoir tout te raconter, tout te partager. M’étaler de mes petites fiertés, des bons coups réalisés, des petits cailloux que j’ai trainé dans mes souliers. J’aurais aimé te partager toutes ces petites brèches de mon quotidien. Des célébrations aux grandes questions, des bouts plus tuffs qui venaient avec des petites passes plus ruffs. T’avais cette façon de me rassurer et me faire à croire assez fort que tout était possible pour moi, au point où je t’ai cru, en accomplissant tout ce dont je rêvais, et ce, jusqu’à maintenant. 

Tu sais, une chance que j’ai Papa, mais tu sais comment il est. Quand je lui amène une bonne nouvelle, j’essaie très fortement de lui faire comprendre, que son rôle de père, c’est d’être fier. Tsé, forces-toi donc un peu pour me féliciter et m’encourager. On l’sait comment y’est. Il va le dire à tout le village, montrer des photos de comment j’ai rénové la cuisine, énumérer mes derniers projets, dire à toute la famille que je suis populaire sur Google et que j’ai bien réussi, mais devant moi, n’attendant qu’un minime commentaire se voulant bienveillant, il freeze et fige. Avec les années, j’ai compris et j’en fais plus trop de cas. Tu sais, j’me compte chanceuse, la relation que tu nous a laissé suite à ton départ est un vrai petit bijou. Des fois je me demande comment la vie aurait été si elle avait été poursuivie telle qu’elle était, par notre trio tissé serré ayant été un peu beaucoup fragilisé avec les années.

Tu sais, quand t’es partie, mes amies, sont drôlement devenues Maman avant l’temps. En m’offrant toute la douceur du monde, toute l’attention dont j’avais besoin. De me faire materner une fois temps à autres par de bons conseils, d’autres moments en soulignant mes réussites et d’autres fois en me poussant dans le cul quand la motivation m’échappait. J’ai réussi à trouver à travers celles-ci, toute la force dont j’avais besoin pour continuer, pour ne pas m’effondrer. J’ai eu présence de leurs bras réconfortants, comme de leur temps. Sans mentionner les invitations, les places qu’ils m’ont fait dans leurs familles et les moments de joies. Quand tu perds ta maman, tu te perds, et ton équilibre est shakée, abimée sur un temps.

Aussi, t’avais raison aussi quand tu me parlais des amies passagères, des gens qui ne figureraient pas dans le portrait à long terme. Drôlement, l’instinct d’une maman pour ces trucs là, ne ment pas.
Jt’entends me dire « J’te l’avais dis. » .

Tu sais, même si très souvent j’ai pitché mes mots et mes pensées sur internet, il y a une énorme partie de moi que pas grand monde connaît. Notre vraie histoire. Le côté triste, la partie moins colorée, la partie qu’on prend moins plaisir à partager, où les beaux jours n’ont pas été épargnés. Ce morceau de qui je suis que j’ai souvent camouflé, parce que j’étais gênée. J’aurais donc aimé que tout soit parfait, doux, facile. Cette partie de ma vie où la joie a prit le bord, où notre relation mère fille s’était maganée, brisée. Il y a cette histoire qui fait partie de moi, dont j’ai souvent du mal à parler, que j’ai tenté d’ignorer. Surtout parce que, je sais que ce n’était pas toi. Que c’était autre chose. Autre chose que d’être malade, autre chose qu’un cancer, qu’une situation incurable. C’était là depuis plus longtemps, mais comme tu m’as dis, c’était hors de question qu’on te diagnostique comme ça, personne te dirait que t’étais folle. Trop d’égo, pas envie d’avoir l’orgueil écorchée ainsi. On a donc préféré vivre dans une ambiance de violence, de mots froissés, de méchancetés, de non-dits et de vérités mal racontées. On a prit la décision de vivre dans ce climat tendu, qui était rendue l’habituel auquel je n’ai jamais pris goût. J’ai souvent avalé ma rage, ma peine, esquivé les propos blessants, tout en m’accrochant à notre passé, où on avait eu presque toute une vie pour être meilleures amies.

À l’âge de 25 ans, on m’a souvent dis que j’étais forte de passer à travers ça. Quand une partie de mon monde s’est écroulé, ma paix d’esprit est revenue, l’anxiété est disparue. C’est troublant, c’est difficile à dire, c’est dure à expliquer. Ça semble surtout être déplacé d’en parler, alors que tu n’es plus là pour pouvoir en discuter, défendre tes agissements, du moins, les expliquer, même si rien n’est à justifier. J’ai décidé de faire la paix avec cette partie de nous, en me promettant que jamais je ne négligerais ce que j’aime le plus au monde, pour préserver mon égo. Je me suis promis, que si un jour j’étais Maman, j’offrirais tout le support, la présence, l’amour et toute l’admiration, surtout toute la force, me raccrochant à ce que tu avais si bien su m’offrir. 

Tu es la raison de ma force et résilience, tu as su bâtir les fondations solides de ma personne.
J’ai eu la chance de côtoyer ta pétillante personne, et d’en conserver les meilleurs souvenirs.

Comme tu m’as dis cette journée là, n’oublies jamais comment je t’aime.

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