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Au yable le girl power pis le self love.

Pour dire toute la vérité, j’aurais préféré ne jamais avoir à écrire cet article. Celui que vous vous apprêtez à lire. Une partie de moi est à boutte, alors que l’autre comprend pas vraiment. J’ai l’impression qu’on a fait 4 pas en arrière alors que ça m’en a pris 8 ans pour m’avancer jusque là.

Si vous vous souvenez, l’été 2018, j’avais décidé de lancer un petit mouvement le fun sur Instagram. Un simple hashtag, avec lequel j’avais demandé à mes abonnées de partager des parcelles de leur été. J’avais eu envie à ce moment là de briser le tabou de la perfection du bikini et des gros sentiments de culpabilité associés à la bouffe, chose présente surtout l’été. Les 24 pichets de Sangria, les petites sorties aux restos un peu trop fréquentes et la mutilitude de crème glacée, avaient pas le droit de nous empêcher de nous montrer, dans nos maillots préférés lors des belles journées. Dans ma tête à moi c’était clair. Bouffe & corps , association de merde. Du pourquoi j’incitais les filles et les femmes à venir témoigner en faveur d’un vent de positivisme sur les internets, en utilisant le hashtag à profusion. D’autres avec des écrits représentant des fragments de leurs vies, d’autres avec une petite quote inspirante tirée des meilleurs tableaux Pinterest. Des sorties à la plage aux après midi sur le bord de la pool, le petit mouvement a pris de l’ampleur, tranquillement et doucement. On retrouvait des femmes, aux silhouettes différentes, tout sourire, profitant de l’été dans un une-pièce coloré, tantôt dans un bikini léopard. Il y avait des jeunes adolescentes, des jeunes femmes de mon âge, des dames. Elles étaient étudiantes, mamans, entrepreneurs. J’aimais admirer la force d’un simple petit mot-clic . C’était beau de les voir aller, briser des petites barrières mentales, en se rassemblant virtuellement, sans se connaître. C’était beau de voir rayonner ces femmes là, qui en avaient vécu des pas facile ou qui avaient simplement oublié d’apprendre à s’aimer en cours de route. Dans ma tête – et dans mon coeur aussi – c’était clair, c’était un mouvement de self-love. Aussi simple, fort et doux que ça. Pour le plaisir des yeux de tous, d’là diversité, il y en a eu. Je me rappelle, des grandes minces, des petites rondes, des filles maigres, d’autres très grosses. Puis après tout, tout le monde était invité à join the party. L’internet avait ça de beau. Le pouvoir de rassembler.

Malgré moi, j’ai appris qu’il a aussi le pouvoir de diviser.

Voyez-vous, à l’été qui vient de passer, on avait atteint près de 650 photos partagées sur le #icecreambikinibody. Je capotais BEN RAIDE! J’avais un petit sentiment de fierté. J’étais tellement fière d’elles. * elles puisqu’il y a eu une majorité de femmes à joindre la chose * Elles avaient réussies! À partager l’amour qu’elles ont pour leur propre personne, à faire circuler un message positif, à faire rayonner que l’acceptation de soi, c’est une question de silhouettes mixtes. J’avais envie de pousser ça au plus loin! J’ai eu envie de m’associer pour créer une collection pop up de chandails à l’effigie de notre mouvement. J’dis notre parce qu’appart les 10-12 stories où je me suis tapée la gueule sur le sujet et les 5-6 posts que j’ai publié, c’est grâce à leurs actions à elles que le hashtag a prit vie. Bref, j’avais envie que ça sorte du web un brin. J’avais envie de faire des morceaux qui évoquerait votre plaisir à vous aimez, un dimanche matin dans le confort de votre salon, comme au bureau pendant une réunion. On a donc lancé une petite collection de 3 chandails. À ma grande joie, et fierté, ça s’est envolé comme des petits pains chauds. Les pièces allant de s à xxl se sont écoulés en moins de 72 heures. Il en est resté quelques-unes, mais sans plus. J’étais contente de voir que ça avait fonctionné. Le message avait réussi à toucher plus de 980 personnes à l’été 2019. Un an de travail, de petits talks, de photos en bikinis, environ 300 chandails, le fun commençait sur ce hashtag là.

Dans les journées qui ont suivies le lancement de la collection, j’me suis faite ramasser. Des messages qui commençaient par l’oubli d’un bonjour, relevant les questions de l’inclusivité de ce mouvement… le tout suivi par plusieurs figures agressives du genre : !!! – !!??! – 🙄 – 👎🏻 – 🤬 – 😒 – 😠 .
On m’a accusé de promouvoir un mouvement sur la diversité corporelle alors que j’avais même pas les tailles 3xl / 4xl.

Moi qui avait été heureuse de lancer ce projet, avec mon petit cash de fond de compte épargne, contente d’avoir trouvé des beaux chandails de qualité jusqu’à du xxl, j’me fesais alors brasser la cage pour avoir mis de côté des tailles qui avaient participé au mouvement. Étant quelqu’un de bin sensible dans vie, ça m’a rentré dedans. Après un an à voir une petite évolution positive au sein de ma communauté, j’avais réussi à réaliser ce projet là qui maintenant, me fesait sentir comme si c’était juste d’la petite marde parce que j’étais pas aller jusqu’aux tailles les plus inclusives possibles. Ma réalité c’était que malgré ce que vous pouvez penser, une star de l’internet ( lol ) ça gagne pas des millions pour habiller la province lors d’une mini collection capsule. 300 chandails, avec les tailles approximatives de ce qu’on avait pensé serait correct pour représenter tout ça, ça pas coûter juste 100$.

J’me suis donc fait reprocher d’avoir lancé un mouvement inclusif alors que je pouvais même pas habiller toutes mes girls. Pis c’est comme gossant un peu quand les gens décident de te coller des étiquettes alors que toi, t’essayes juste de faire de ton mieux en fesant la promotion d’une meilleure ACCEPTATION de soi POUR TOUT LE MONDE. Du pourquoi, j’ai jamais collé le mot INCLUSION sur mon projet, parce que la réalité était que ça beau être magnifique l’inclusivité, pour moi c’était hors de ma portée. * Je pense à incluses de mes amies Josiane et Carolane Stratis, pis sachant tout le temps et l’argent qu’elles y ont mit, c’est là que je vous dit que ma petite drop de chandails était pas grand chose à côté de ça. Ça enlève rien au fait que j’ai essayé au moins, de faire quelque chose de tangible. Pendant que certaines personnes me critiquaient de leurs salons.

C’qui a été vraiment le boutte désagréable et j’irais même jusqu’à dire triste, c’est à la fin du mois d’août alors que je faisais ma « tournée de post» , c’tà dire, que je fouinais sur le hashtag pour liker les nouvelles photos ayant #icecreambikinibody comme caption. Puis à ce moment là, j’ai réalisé qu’un truc clochait. L’option « publications récentes » n’était plus là. Comme si maintenant la recherche à travers le mot-clic n’était simplement plus disponible. Quelques jours après, c’est là que le pire est arrivé. On pouvait maintenant lire un avertissement disant que toutes les plus récentes publications utilisant ce hashtag étaient masquées, car la communauté avaient signalée pour contenu offensant. T’es en train de me dire que des filles qui se baignent, en maillot de bain ou qui mangent une crême molle en bikini C’EST OFFENSANT?

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petit-moyen talk 🐠 Je sais bien que tout est pas toujours rose. Je sais aussi que y’a des enjeux plus intenses qui se vivent dans notre société. Des fois, je me sens pas éduquée sur ces grands sujets là, mais j’apprends toujours. Je m’informe et j’apprends. Je sais que c’est pas en postant des photos de moi en maillot de bain que toutes les filles et les femmes vont du coup s’accepter et que toutes leurs insécurités disparaîtront. Une chose que je sais aussi, c’est que moi je suis bien. À profiter de la vie. À apprécier ce que mon corps me permet de faire, être ici et là, en santé. À me foutre des standards, même si je suis dans la catégorie curvy-toutoune-shape-de-sablier-standard-pas-si-pire. À se foutre des étiquettes, parce qu’être soi est comme pas assez, faut se faire catégoriser en plus. Même si ma théorie du self love est un peu bubble gum et légère, moi ça me va. En fait, ça m’a un peu sauvé la vie. Parce que j’ai déjà été la fille mal dans son corps, toute pognée à pas s’aimer. Celle qui se trouvait trop ci, trop ça. Pis tsé quoi, en bout de ligne, mon cheminement m’a permis de m’accepter et de passer à autre chose. De passer plus de temps à vivre au lieu de paniquer en me regardant dans un miroir. Pis si mettre des photos de mes cuisses qui se touchent, en train de profiter du soleil et de la plage peut aider une ou deux personnes à se sentir mieux, au moins, j’aurai fais quelque chose de bien. #icecreambikinibody

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J’étais triste, déçue et surtout fâchée – en tabarnak, disons le de même. On m’a parlé de shadowban que Instagram pouvait faire, un genre de blocage aléatoire qui arrivait temps à autres… Pour ma part j’étais sceptique. À quel point c’était un beau hasard que ça vienne arriver juste quelques semaines après avoir reçu des commentaires poches de certaines personnes ne me suivant même pas – c’est nul hein, douter que le girl power prend le bord juste pour pousser une tenue d’opinion.

En jasant un peu, j’me suis rendue compte que ma théorie était probable. J’me suis fais flagué mon hashtag, et c’est clairement pas parce que ça offensait quelqu’un de voir des filles en maillots. Ça dérangeait que ce soit un mouvement qui était peut être trop cute, trop doux. Ça dérangeait que je prenne pas le temps de hurler mes convictions pis que je sois pas du type militante toujours agressive et en caliss sur le sujet. Parce que ça c’est pas moi, j’ai beau avoir des convictions vraiment profondes, je ressens pas le besoin de passer mes messages de cette façon là. Pis c’est ok si certaines le font, j’ai jamais chié sur ça, parce que dans ma tête, you do you. J’ai jamais pensé que parce que je me conformais pas à telle ou telle façon de prendre opinion, ça diminuait mon droit de parole sur l’acceptation de soi, le self love et toutes les autres petites choses dont j’aime tant parler depuis que je suis sur le web, c’est à dire depuis 8 ans. J’pensais jamais que d’inviter les filles à se joindre à moi, TOUTES les filles, pour démontrer comment s’aimer, comme on est, comme ça fait du bien, était quelque chose qui pouvait être tant mal pris.

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J u m p i n ⛵️ #icecreambikinibody

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Parce qu’on va se le dire, c’que je ressens, c’est comme si j’étais une toutoune qui avait pas prit assez le bord des toutounes. Comme si juste les grosses avaient le droit de parler de self love. Comme si c’était exclusif. Me faire dire que ça pas de sens qu’il y ai juste du S à du XXL dans un mouvement comme le mien, alors que pour moi c’était aussi important que la fille qui fait 118 livres pis qui s’est fait traiter d’grande asperge toute sa vie, ai un t-shirt comme moi, la fille qui s’est fait traiter de grosse patate/tomate ou tout autre gros légumes, au long de son adolescence. Je désirais créer un mouvement rassembleur, où toutes les filles et femmes pouvaient trouver refuge dans un esprit de girl power, où nos différences étaient notre pouvoir, pas une bataille misant sur qui parle plus fort ou passe son message de la meilleure façon. T-shirt ou non.

Pis je sais, la société a été pas mal plus douce avec les filles qui ont des corps qui correspondent aux putains de standards de beauté – j’suis pas niaiseuse, pis j’ai pas oublié tout ce que j’ai traversé depuis que je suis petite – sauf ça empêche pas que parmi elles, y’en aille une coupe qui s’haïssent. Ben oui, des filles qui font du S pis qui m’ont demandé comment je fesais pour me baigner en bikini, moi qui fait surement 175 livres de plus qu’elles, j’en ai eu à tonne de ces messages là. Comme les messages des mamans de 40 ans qui me remerciaient d’avoir simplement lancé une petite vague de fraicheur sur internet, là où il fesait bon de se rassembler malgré la peur de s’afficher en maillot. Les complexes et les craintes reliées aux corps, ont jamais eu rien à voir avec une shape x. C’est relatif à toutes et chacunes.

Pour finir, ouais, mon bébé, mon mouvement chéri, est mort. Même si j’avais réussi à le sauver, je l’aurais laisser partir. Parce que même si j’ai tenté de faire quelque chose de bien, l’internet m’a prouvé que la négativité pouvait gagner même sur des gens qui tentent d’avancer vers le bon, de changer les choses à leur façon. C’est décourageant hein! Après toutes les années où on a essayé de briser les comparaisons entre filles, qu’on a misé sur du féministe et du girl power, la compétition, les étiquettes et les mauvaises intentions restent parfois pas loin.

Avec tout ça, j’ai envie de vous dire fuck off. On peut peut-être juste laisser tomber les catégories de femmes, de gens, d’humains? Les étiquettes qu’on a tenté de briser, mais qui se font ramener tous bords tous côtés, par besoin d’appartenance i guess. On peut tu juste penser à s’aimer, qu’on soit d’ici ou d’ailleurs, grandes ou petites, grosses ou minces, qu’on possède toutes différences physiques quelconques. J’ai envie de te dire de t’aimer telle quelle, avec ta curiosité, ta rage de vivre pis toutes les choses qui font de toi une personne entière à ta façon. Oui oui telle quelle, avec ta façon drôle de rire, avec tes rides d’expressions quand tu souries, avec tes discours sur les changements climatiques ou ta passion pour l’astrologie. Juste de même. J’suis tannée qu’on mise juste sur des caractéristiques physiques pour se rassembler autour de quelque chose de positif. J’ai envie qu’on se disent qu’en tant que femmes, on devraient s’appuyer sur notre envie de s’aimer nous-mêmes, pas se diviser, ni se comparer. S’apprécier, comme on est. Supporter nos forces au lieu de piquer nos faiblesses.

J’en avais un peu lourd sur mon petit coeur qui tente de passer des messages positifs remplis d’amour depuis les huit dernières années.
Merci pour votre support, pis sinon, merci de me donner l’énergie de continuer de penser qu’un ensemble de filles et femmes, qui se sentent pas en compétition et en comparaison, ça peut aller encore plus loin que tous standards.

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