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Où est Willow?

** Avant même que vous soyez rendu plus loin dans cet article, je pense que j’ai besoin de mettre quelque chose au clair. J’ai pas besoin de me justifier, j’ai envie de vous expliquer et de vous raconter comment ça s’est passé. J’ai envie de faire taire les questions répétitives et insistantes, des mêmes personnes qui drop ça sous des photos qui sont hors contextes. J’ai toujours dis que je serais transparente avec vous, et c’est pour cela que j’écris ce texte là. J’ai besoin de vous partager ma peine, mais j’ai pas besoin de me faire critiquer et de me faire lancer des roches. Souvent, c’est facile critiquer les gens qu’on ne connait pas, juste parce qu’on pense que notre opinion à nous est la meilleure et qu’on sent ultimement le besoin de se valider. Dans ce cas-ci, je vous demanderais de m’épargner les méchancetés. **

Vous avez suivi via instagram la petite histoire de moi, qui en panique, est allé chercher un petit lab golden blond à 6 heures de route au printemps dernier, lors des inondations qui touchait la région. J’avais fait un puppy rescue accueillant notre petite Willow à 5 semaines plutôt qu’à 8, comme prévu. L’eau montait, le temps filait, j’ai pas chômé et j’suis allé la chercher. 

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famjam 🤙🏼🧡

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J’ai eu un coup de foudre pour elle. À l’époque, elle était une miniature boulette de poils qui ne demandait qu’à être aimé. Avoir un chien était le désire de mon chum. Il se voyait avoir un chien depuis toujours, cela faisait partie de ses buts de vie. À l’époque, on habitait pas encore ensemble, mais je m’étais dis qu’avec mon travail, j’aurais la chance de pouvoir l’aider à accueillir la petite bestiole. Dès que je l’ai eu dans mes bras la première fois, je me souviens de l’avoir maladroitement prise, essayant du meilleur que je pouvais de la réconforter et de lui faire sentir qu’elle était en sécurité. Je me souviens d’avoir pleuré, parce que la scène d’adoption de notre petit chien n’était pas sensé se produire ainsi. Mon chum était au travail, j’avais du partir à sa rescousse avec un ami, question de la sauver des intempéries. 

Les mois qui ont suivi ont été du stock. Avoir un chien, c’est de la job. On le savait, mais on le savait pas tant que ça. Des nuits sans sommeil, des moments de panique quand le chien se pétait la gueule  – disons qu’était pas la plus dégourdie par moments – , des besoins de gardienne, l’adaptation à la cage, le pipi dans le lit…. ça a été du sport. 

Willow nous adorait. Malgré ses petites excursions dans la boue, ses dégâts, son machouillage ( RIP mes Lulu Lemon à 153$!! ) et son jappement impatient quand elle était dehors 2 minutes de trop, elle était une chienne parfaite. Attachante, colleuse, douce avec les enfants et surtout… très intelligente. C’est ce que la vétérinaire nous avait fait remarquer. Pour son jeune âge, notre chien était brillante. Elle comprenait pas mal plus de choses que la moyenne des chiens de son âge. Elle demandait beaucoup d’attention, chose qu’on lui donnait amplement déjà.

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je l’aime un peu trop 😩❤️

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À un certain point, les choses ont changées à la maison. Entre le printemps et l’été, mon chum avait emménagé chez moi. Chose qui a facilité le tout. Son chien était pas mal mon chien aussi. La petite Willow était ma girl. On allait marcher, je la trainais quand je le pouvais, j’écoutais mes émissions collée avec elle. Mon père qui disait ne pas aimer les chiens, s’était amouraché d’elle et se faisait un plaisir de lui dire  » Viens voir Papi » . Willow était une partie de notre famille,  et on l’aimait comme sans bon sens.

Justement, on l’aimait assez pour la laisser partir.

Il fut un moment où les choses se sont rapidement bousculées au travail. J’ai commencé à avoir beaucoup plus de contrats, j’avais besoin de quitter la maison plus souvent. Pas juste dans le village à côté, je partais souvent pour des journées complètes à Montréal.  Avec l’horaire de mon chum qui est en restauration, ces changements là ont rendu la vie avec Willow pas mal plus difficile. Même si on faisait tout pour elle, j’avais l’impression que ce n’était pas assez. Même si on allait marcher et jouer, j’étais incapable de concevoir qu’elle pouvait passer des 5-6 heures en cage, sans être avec nous, à vivre sa vie de chien que je lui avais promis au départ. Je sais bien qu’un chien aime sa cage comme sa petite maison, mais quand même bien, mon but d’avoir un chien était d’avoir un compagnon de vie avec qui on aurait du plaisir, pas de la laisser seule à longueur de journée. Le temps a commencé à avancer, les contrats continuaient de s’empiler, et la pression que je m’infligeait face au chien continuait de grimper. 

J’ai commencé à me sentir anxieuse. Pas à la hauteur. Avec son intelligence, elle avait un comportement qui exigeait trois fois plus d’attention qu’un chien normal. Étant travailleur autonome, les journées de boulot à la maison ont commencées à être difficiles. Ça affectait aussi notre couple. On se lançait la balle, au lieu de lui lancer à elle me direz-vous, à savoir qui la sortirait les matins de pluie et qui irait la marcher. On s’astinait sur des détails qui, à la base n’auraient pas besoin d’être discutés. Au bout du quatrième mois, on s’est rendu à l’évidence que ça ne fonctionnait pas. Marc me disait que la décision me revenait. Bien qu’on était les deux impliqués dans la situation, j’étais celle qui était avec Willow à 70% du temps. C’est alors que je me suis sentie coupable, coupable d’enlever ce rêve à mon chum, coupable de pas avoir été à la hauteur, coupable de faire vivre ce changement au petit chien que j’aimais pourtant tellement. Mais je savais que si cela continuait, j’allais me rendre à folle à vouloir tout faire pour elle. J’ai alors dis à mon chum ceci : « Dans le passé, je me suis souvent oublié. Aujourd’hui je décide égoïstement de choisir mon propre bonheur et un équilibre mental que je suis en train de perdre. Si tu sais que tu ne peux vivre ta vie sans Willow, je vais vous laisser aller. Je t’empêcherai pas de vivre ce que tu désires le plus au monde, pour moi. » 

Mettons que j’ai eu peur de les perdre les deux. Marc en a convenu qu’on trouvait à Willow une bonne famille. Pour moi, c’était hors de question qu’on l’envoie à un refuge. Elle méritait des gens bons, des personnes qui lui offrirait encore mieux de ce qu’on a pu lui donner. C’est alors que mon père m’a présenté Maurice. Un retraité habitant avec sa femme, un couple qui adorait les chiens. Ils s’étaient fait volé leur labrador des années auparavant et n’avait jamais vraiment eu l’opportunité d’adopter le bon chien. Mon père m’a promis que tout irait bien, qu’ils en prendraient soin.

Notre dernière soirée.

Le 1 septembre. C’était la date fixée pour aller reconduire ma petite Willow chez ses nouveaux parents. Les jours juste avant furent sans doute les pires de ma vie. Prendre cette décision est à ce jour, la chose la plus difficile que j’ai eu à faire de mon existence. Yep, en 26 ans de vie, j’ai rien fais de pire pour me sentir le coeur à l’envers comme ça. Je me rappellerai toujours du jeudi soir précédent son départ, moi et mon chum étions sorti au bar du coin. On était rentré à la maison et elle était drôlement plus affectueuse qu’à l’habitude. Elle le savait, elle le sentait. On a pleuré pendant environ une heure, collés avec elle, sans dire un mot. Pas pleurer, brailler. J’avais tellement de peine, la face pleine de morve et de larmes, carrément inconsolable et pas capable de la lâcher, je la retenais contre moi la tête enfouie dans son pelage. Le samedi matin, mon père s’était levé tôt pour venir la reconduire avec moi. On avait mis la cage dans le camion, Willow sur le siège arrière, moi à l’avant avec un sac rempli de ses petits trucs préférés. Je pleurais en route, mon père – un homme de peu de mots – me disant que c’était le bon choix à faire. Que Maurice et sa femme seraient gentils et attentionnés avec elle. 

Une fois arrivé à destination, j’avais le ventre à l’envers. Je retenais toutes les larmes de mon corps comme je le pouvais. J’ai cogné à la petite maison blanche et c’est là que j’ai rencontré une dame sympathique, suivie de son petit fils. Du moment qu’elle a vu Willow, elle m’a semblé être heureuse. Elle l’a tenu par la laisse, le temps que je débarque les petits trucs que j’avais amené pour elle, en me mentionnant qu’ici, elle ne serait jamais attachée. La cour était vaste et clôturée, elle y serait bien. Willow, pas méchante pour 5 cennes, était déjà sur le dos, en train de se faire flatter par le petit gars qui était visiblement très heureux de l’adoption que ses grands-parents venaient de faire. J’ai senti qu’il était temps que j’y aille, au même moment où je me suis sentie envahie par une vague de tristesse. Je me suis assise sur le porche, je l’ai tiré contre moi, je me suis mise à pleurer et je lui ai dis qu’elle allait me manquer et que je m’excusais. Le petit gars m’a promis qu’il jouerait avec elle avec ses autres petits cousins – cousines qui seraient souvent à la maison. La dame m’a dit de ne pas me faire de peine, qu’elle serait bien et que je pouvais lui rendre visite quand je voulais. J’ai tourné la tête vers mon père qui s’éloignait vers le camion, le voyant essuyer ses larmes avec ses grosses mains. Puis, j’ai embarqué dans le camion, en ne la quittant pas des yeux, jusqu’à ce qu’on tourne le coin de la rue. 

Aujourd’hui, 2 mois se sont écoulés. Je vous écris ce texte là et j’ai littéralement la face encore trempée de larmes. J’ai de la peine, elle me manque. Même avec le temps qui s’est écoulé, je pense à elle pas mal souvent. J’en pleure encore, quand je tombe sur des photos ou quand un souvenir nous revient. J’ai l’impression que ce deuil là, fut un des plus difficiles à vivre à date. Oui oui, même si j’ai perdu ma mère l’an dernier, son départ à elle était préméditée et attendue. Celui de Willow fut soudain, un changement de plan non-prévu.

Tsé, aux gens qui disent qu’adopter un chien c’est pour la vie, qu’abandonner est la pire affaire du monde pis qu’on est des lâches et des méchantes personnes – question d’augmenter le sentiment de culpabilité – je vous dis que j’ai sincèrement fais le meilleur choix pour elle à ce moment là. Un chien, c’est pas un élément décoratif dans une maison. C’est pas un ornement pour des photos de famille. Un chien, selon moi ça mérite beaucoup plus que des séjours de cage à longueur de semaine. J’ai peut-être été égoïste en pensant à mon bien à moi, mais j’ai pensé à elle en premier pour être certaine qu’elle serait heureuse. 

Voilà, Willow n’est plus à la maison.
Elle est là-bas, heureuse. 




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